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Le blog de Pierre Montmory

MAHMOUD DARWICH : Nous avons besoin de poésie.

MAHMOUD DARWICH : Nous avons besoin de poésie.
Mahmoud Darwich
     « Oui, j’écris en état de joie. Pas pour survivre, simplement pour vivre ».

     « Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience
de notre humanité menacée et de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras le corps, de l’ouverture au monde partagé et de la quête de l’essence ».

     « Le monde a besoin de poésie et de poésie simple, pour dire ce que de tout temps et sous toutes les latitudes les poètes ont chanté : l’étonnement devant la beauté d’un arbre, la peur de l’inconnu, la célébration des sentiments ordinaires ».

Elle, le soir
Elle est seule, le soir
et moi, comme elle, je suis seul...
Entre moi et ses chandelles
dans le restaurant hivernal,
deux tables vides. [Rien ne trouble notre silence]
Elle ne me voit pas quand je la vois
cueillir une rose à sa poitrine.
Je ne la vois pas quand elle me voit
siroter un baiser de mon vin...
Elle n’émiette pas son morceau de pain,
et moi, je ne renverse pas l’eau
sur la nappe en papier.
[Rien ne ternit notre sérénité]
Elle est seule et je suis seul
devant sa beauté. Je me dis :
Pourquoi cette fragilité ne nous unit-elle pas ?
Pourquoi ne puis-je goûter son vin ?
Elle ne me voit pas quand je la vois
décroiser les jambes...
Et je ne la vois pas quand elle me voit
ôter mon manteau...
Rien ne la dérange en ma compagnie,
rien ne me dérange, nous sommes à présent
unis dans l’oubli...
Notre dîner, chacun seul, fut appétissant,
la voix de la nuit était bleue.
Je n’étais pas seul, elle n’était pas seule.
Ensemble nous écoutions le cristal.
[Rien ne brise notre nuit]
Elle ne dit pas :
L’amour naît vivant
Et finit en idée.
Moi non plus, je ne dis pas :
L’amour a fini en idée.
Mais il en a tout l’air...

     « Le poète est celui qui doute et accepte l’autre. Il me semble que la poésie est liée à la paix. Elle est en adoration devant la beauté des choses et bien entendu devant la beauté féminine. L’intégrisme isole la femme et la cache. La poésie aime le vin ; l’intégrisme l’interdit. La poésie sacralise les plaisirs sur terre. L’intégrisme s’y oppose farouchement. La poésie libère les sens. L’intégrisme les bride. La poésie humanise les prophètes. C’est pourquoi la culture engendrée par l’intégrisme religieux est antipoétique par excellence. L’intégrisme peut aller jusqu’à supprimer tout ce qui est contraire à sa conception du monde. En ses formes les plus extrêmes, il représente un danger mortel pour la poésie et pour les poètes ».

     « Il faut accueillir ma poésie avec des critères esthétiques universels, et non selon l’appartenance particulière de l’auteur. Je réclame d’être traité en tant que poète, non en tant que citoyen palestinien écrivant de la poésie».

     « Il est vrai que le poète ne peut se libérer des conditions historiques qu’il vit, mais la poésie nous offre une marge de liberté, et une compensation métaphorique à notre impuissance à changer la réalité. Elle nous relie à une langue se situant au-dessus des conditions qui nous enchaînent et nous empêchent d’être en symbiose avec notre vécu humain. Elle peut également aider le sujet à se comprendre lui-même en se libérant de ce qui l’empêche
de voler librement dans un espace sans limites. Dire que le sujet a le droit d’être reconnu en tant que tel dans un groupe, c’est une façon comme une autre de vouloir la liberté des individus qui composent le groupe. De ce point de vue, dans le contexte d’une lutte de longue haleine, cette poésie qui exprime notre humanité et nos préoccupations individuelles – qui ne sont jamais seulement individuelles – est une poésie qui représente la dimension humaine subjective de l’acte de résistance poétique, même quand c’est une poésie qui parle de l’amour, de la nature, d’une rose que l’on contemple ou de la peur qu’inspire une mort ordinaire. (...)C’est un acte de résistance que de voir la poésie assimiler la force de la vie ordinaire qui est en nous. Pourquoi alors accusons-nous la poésie d’apostasie lorsqu’elle assume les beautés sensibles et la liberté d’imagination qui sont en nous et résiste à la laideur par la beauté ?
     La beauté est en effet liberté et la liberté beauté. C’est ainsi que la poésie qui défend la vie devient une forme de résistance ».

     « Qui, si je ne m’exprimais par la poésie, me comprendra ?
     Qui, si je ne m’exprimais par la poésie, me parlera d’une nostalgie cachée pour un temps perdu ?
     Et qui, si je ne m’exprimais par la poésie, connaîtra la terre de l’étranger ? ».
MAHMOUD DARWICH : Nous avons besoin de poésie.

LE PARFUM DE L’AMOUR

Exilés sur la planète Terre

Isolés dans les prisons des nations

Entre les quatre murs des croyances

Humain le beau pays dans l’Univers

 

Fais ta part et vis pour tous contre tous

La vie sans raison te donne le choix

D’être libre et d’avoir tout déjà

Anonyme et né riche pour vivre

 

Ton premier ami c’est toi compagnon

Regarde dans le reflet de mes yeux

Je t’offre ma vue pour tes dons généreux

Le peu que tu as ou le tout me va

 

Pense je t’aime déjà plus que moi

Si tu as la haine ce n’est pas toi

Ce sont d’autres qui t’ont mis hors de toi

Tiens mon amitié est égalité

 

Il n’y a pas d’étrangers sur Terre

Seulement des pas vus pauvres oubliés

Qui n’ont pas de place sur les marchés

La police les tient pour condamnés

 

La misère nous tient emprisonnés

Notre faute est d’être nés riches

Sans envie jalousie ou ambition

Nous sommes la honte des soumissions

 

Les nations nous chassent où qu’on aille

Les idées nous interdisent partout

Les juges les châtiments les crachats

Rien n’arrête notre émigration

 

Les terres mers ciels et vents sont à nous

Les murs ruinés tombent naturell’ment

Les roses et leurs épines chantant

Dans nos sentiers le parfum de l’amour

 

Pierre Marcel MONTMORY trouveur

MAHMOUD DARWICH : Nous avons besoin de poésie.

L’ARTISTE

     Oui ou non, respectons-nous les lois essentielles, écrites ou non écrites, de l’amour de l’Humanité tout entière. Oui ou non, nous nous faisons les avocats de la réconciliation ou si, en ce monde chaotique et grimaçant que, peu à peu, des peuples désespérés confient aveuglément aux pires démagogues, nous ajoutons de la division à la division, de la haine à la haine, du mensonge au mensonge.

     Un ton de tocsin de ce message pourrait paraître exagéré à certains.

     Il existe une Transespèce humaine, ou plutôt humanimale, une population composée d’êtres qui sont de nature hospitalière, des vivants d’une étoffe que je trouve merveilleuse, toujours encore en tissage et en métissage.

     Leur nature échappe aux définitions territoriales, nationales, identitaires. S’ils ont pris leur source dans différentes clôtures, géopolitiques, s’ils sont « nés » afghans, chinois, miq maq, français, togolais, norvégiens, mapuches, féroïens, khmers, uruguayens, éthiopiens (à suivre…) ils ont par la suite transporté leur cours à travers pays et continents.

     En rencontrant bien d’autres et frottant leurs cervelles à ta cervelle, en s’exposant toujours, joyeusement, à bien d’autres, ouverts au risque de la surprise, ils sont ouverts, larges, et toujours en métamorphose, passant d’un âge à l’autre sexe, octogénaires de trente ans, génies curieux, aventuriers des temps, résistant dans la pratique aux tentations paresseuses de l’Appartenance et du Propre.

     Ce ne sont pas des fantômes, ni des habitants des rêves. Ils ont des papiers. Ils obtiennent des visas. Mais naturellement, ils ne se prennent pas pour leurs papiers. Plutôt pour des poèmes, et toujours en traduction. Ils écoutent, ils ont l’oreille gourmande et la langue enchantée. Ces amis de l’amour plutôt que de la haine, vous les aurez reconnus, n’est-ce pas ?

D’après Ariane Mnouchkine et Hélène Cixous

MAHMOUD DARWICH : Nous avons besoin de poésie.

JE TE QUITTE D’ACCORD

 

Ne me cherche nulle part je suis le poème

Devant toi à dire mon fait mes émotions

Y a pas de commentaires d’explications

Idée ou jugements c’est pas ce qu’on aime

 

Ne crois rien écoute je suis le poème

Une trace éphémère qui inquiète

Parce qu’il ressemble à un mensonge vrai

Et que je le répète sans le faire exprès

 

Ne me coupe pas lis jusqu’au bout

Sur mes lèvres je prononcerai tout

Tout le poème qui me rendra fou

Si je ne le dis maintenant ici

 

Ici ou tu peux seul(e)me voir vivant

Je n’aurai pas d’autres arguments

Après ma mort ce sera pareil

Le vent efface mes pareils

 

Car je suis un passant

Qui chante balade

Tout le long de l’ennui

L’éternité je jouis

 

Je jouis avec mon amour

Je ris la nuit et le jour

Les beautés à ma portée

Les fruits mûrs bien mérités

 

N’hésite pas

Ô, ma vie, Ô  

Je te quitte

Je suis d’accord

 

Pierre Marcel Montmory trouveur

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