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Le blog de Pierre Montmory

FLAMENCO

FLAMENCO

LE FLAMENCO

   Le flamenco ? … Ce ne sont pas les imitateurs qui manquent.

   Réécoutons Manitas de Plata pour avoir une idée de ce qu'était la magie de "Los duendes" (les petits lutins) qui sortaient la nuit et dansaient autour du feu de camp, après la rude journée de travail; et c'était ce que nous voulions alors, et c'était la musique des travailleurs agricoles "felah-menkoub" (paysans errants- en arabe) et qui criaient, en écoutant le chant profond sorti de la gorge du chanteur : "Surtout ne nous privez pas de cela" qui est la traduction littérale du mot : flamenco". -Je vais te dire comment on le dit en arabe littéraire: " Fala tahroum minkoum".

    La paysannerie a été détruite.

   Manitas de Plata : le "Picasso de la guitare" – disait de lui le fameux peintre.

… J'ai vécu et voyagé avec des gitans et, ils m'avaient adopté, j'ai eu le temps de les connaître de l'intérieur presque dans leur intimité puisque je campais avec eux et puis comme eux j'ai joué ma musique et mon théâtre sur beaucoup de places et c'était mon gagne-pain, les gitans me reconnaissaient comme un des leurs dans le sens où j'étais authentique et sans doute aussi parce que ma philosophie de vie est semblable à la leur - mais là je n'entrerai pas dans les détails car cela doit rester personnel et je ne suis pas autorisé ici à porter parole. J'ai observé mes amis gitans à l'extérieur du camp quand ils vont travailler avec leurs guitares avec une image d'eux un peu stéréotype qu'ils présentent aux étrangers.

 La musique gitane qui est commercialisée n'a rien à voir avec la musique qu'ils pratiquent lorsqu'ils sont ensemble en famille. Et puis cette musique ne peut être séparée des travaux et de la peine des jours et de la joie d'être libre comme le vent. Les gens du voyage en général sont sédentarisés (Manitas de Plata vivait à la fin de sa vie dans un HLM); certains sont morts de ne plus voyager, bouger à l'air libre, leurs différents métiers d'artisans ont disparus, ils ne sont plus ouvriers agricoles ambulants car la paysannerie a été détruite, les nations les ont exterminés. Et moi, je vis dans une cage dorée. Il ne me reste que le bec pour en rire car je n'ai plus de larmes pour pleurer. Je suis un étranger parmi les humains qui se disent cultivés.

   Du flamenco : Mon objectif était la nostalgie; et aussi pour dire que je trouve qu'il y a beaucoup d'imitateurs de cette flamboyante musique et que justement ces imitateurs n'ont pas le don musical pour faire jaillir "los duendes", qu'ils ne sont pas des magiciens de la musique, qu'ils ne savent pas, qu'ils n'ont pas le don pour faire chanter la guitare et faire sortir ainsi, de la gorge du chanteur la transe du chant profond. Le flamenco est d'abord l'expression du chant profond et son premier instrument ce n'est pas la guitare mais la voix.

   Le flamenco s'est figé dans sa forme, il est devenu un style vide. Il y manque la poussière des routes, la sueur des peines, les rires de joie, le chant profond des nuées étoilées et le feu des haltes dans l'exil éternel des nomades. Le chant des femmes qui ouvre la route, le cri des enfants qui exalte les faims, la voix éraillée des ancêtres qui portait parole au vent des lunes.

   Le flamenco, et toutes les danses inventées dans la vie doivent rester libres et ne pas être codifiées pour ne jamais s'arrêter ! C'est une manie conservatrice - colonisatrice, de figer l'art vivant dans des formes académiques qui ne serviront qu'à policer les arts.

   Le flamenco est rangé dans l'armoire des exotismes pour épater le touriste. Le flamenco s'est folklorisé pour la tranquillité des sociétés sédentaires. Les honnêtes gens haïssent la liberté. Le regard des biens pensant éloigne l'étranger. Les civilisés tireront sur tout ce qui bouge.

   Nous, nous replions le drapeau des servitudes et puis nous dénouons les liens de l'incertitude avec le chant de nos voix cultivées. Nos bras embrassent les hanches des guitares pour que nos femmes rient comme rient les flammes du feu.

   Et tous nos enfants seront philosophes parce qu'ils comprennent déjà la pluie et le beau temps et que leur marche n'est pas entravée de mots. Nos bons patrons ouvriront les barrières. La guerre peut être inquiète.

   Conclusion: Le flamenco est une forme de vie qu'on ne peut fixer sur aucun support car il est autant éphémère qu'éternel comme le chant des oiseaux; il n'est jamais pareil et pourtant le même.

Pierre Marcel Montmory - trouveur

 

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