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Le blog de Pierre Montmory

NIZAR QABBANI - quelques poèmes et des poètes et de la poésie

NIZAR QABBANI - quelques poèmes et des poètes et de la poésie

Extrait des écrits de Nizar KABBANI "Ma vie avec la poésie" www.alidades.fr

« Des poètes et de la poésie »
Nizar KABBANI
(1923 - 1997)
(Ses textes ont été chantés par Fairouz, Oum Kalsoum et d’autres. Il est le poète arabe le plus populaire et le plus lu.
Il fit un grand effort pour rendre sa poésie compréhensible par tout le peuple et pas seulement par une élite).
*
Pour moi, la poésie est un voyage vers les autres.
C’est là mon métier. Et le jour où je perdrai mon passeport et mes valises de mots, je deviendrai arbre immobile, mourrai.
Il y a des poètes qui voyagent à l’intérieur d’eux-mêmes – c’est effectivement une manière de se déplacer.
Moi, je voyage d’une autre façon. Mes bateaux sont autres, comme est autre l’Atlas de mes ambitions.
Je ne danse pas sur mes pages tel un derviche désenchanté prenant plaisir à écouter le cliquettement de son chapelet et à tournoyer autour de soi-même.
Je suis un poète qui veut jouer en plein air, et avec de vrais hommes.
Je ne puis imaginer un poète jouant avec soi-même, à moins qu’il ignore les règles du jeu ou craigne de se mêler aux enfants du quartier…
Le poète est une voix. Or l’une des premières particularités de la voix est de rendre un son et de se heurter à un obstacle humain. Sans cet obstacle, la parole ne peut exister, la langue n’est que bruissement de feuilles mortes dans une forêt inhabitée.
La poésie est une main…, le public une porte… Et le poète qui ne s’adresse à personne reste dans la rue… à dormir.
Nombreux sont les poètes qui y sont encore, car ils ne possèdent pas la formule magique qui leur ouvrirait la caverne d’Ali Baba.
*
Ainsi la poésie est un message que l’on écrit pour d’autres. Les destinataires en sont une composante importante. Si tel n’était pas le cas, l’écriture serait semblable à une cloche qui sonne dans le néant.
Or le grand malheur du poète d’aujourd’hui est qu’il a égaré l’adresse du public… Il habite un continent, les gens sur un autre, séparés par des océans de complexe de supériorité, de gloriole et de méfiance.
Au lieu d’être un instrument de rapprochement et d’entente, la culture du poète est devenue citadelle interdite au public…
Les trois-quarts de nos poètes actuels se sont attribué, volontairement ou non, un fief intellectuel et poétique qui fait d’eux des exilés vivant hors de la sensibilité générale, des créateurs chimériques parlant une langue inconnue.
Pourquoi ? Pourquoi les facteurs chargés de la distribution des poèmes les retournent-ils à leurs auteurs ? Parce que l’adresse a été omise. Tout simplement.
Sans hésiter j’accuse nombre de nos poètes, dont beaucoup se proclament révolutionnaires, socialistes ou marxistes, de s’être isolés du peuple, en cela très semblables aux nobles du Moyen-âge vivant dans leur fief culturel et mental.
Ils sont incapables de contact et d’échanges. Incapable de faire de la poésie une chemise que puisse porter n’importe qui.
Le public est comme un enfant très brave, ingénu, qui, pour aimer et lier connaissance, doit comprendre ce qu’on lui dit… Car les enfants n’accordent leur amour qu’à ceux qui comprennent leur état d’enfant et leur remplissent les mains de cadeaux inattendus…
Mais, le fil étant coupé, les poètes devenus auteurs de mots croisés, se sont mis à taxer le public de bêtise, futilité, manque de maturité, ignorance, à prétendre que l’époque a du retard sur leur poésie et que si leurs poèmes restent incompris, c’est bien la preuve de leur grandeur à eux; ce n’est pas eux qu’affecte la maladie, mais le public.
Ils affirment aussi que leurs poèmes marchent dans le futur et que s’ils ne trouvent pas leur place naturelle sur le moment, ils gagneront des dizaines ou des centaines d’années plus tard…
C’est là raisonnement de renard ne pouvant atteindre les raisins, en haut de la treille. La poésie qui ne convient au siècle où elle est née ne conviendra à aucun siècle et le poème incapable de converser avec son siècle ne pourra parler à aucun autre…
C’est parce qu’al-Moutanabbi était la conscience de son temps qu’il a pu traverser les siècles jusqu’au Xème et qu’il partage nos repas, nos chambres à coucher, les faits de notre existence…
C’est parce qu’Abou Nowâs appartenait aux cafés de Bagdad et de Basra qu’il fait partie de l’ivresse et des verres de vin…
C’est parce que Tagore était une portion de l’âme indienne qu’il est devenue portion de l’âme du monde…
Et c’est parce que Garcia Lorca a été exécuté sous un olivier alors qu’il chantait la liberté en Espagne que sa poésie est gravée sur les troncs de tous les oliviers du monde...

*

Extrait des écrits de Nizar KABBANI pour www.poesielavie.com

Je porte le temps brûlé dans mes yeux et je voyage vers vous. Je porte Beyrouth, poème poignardé, sur la paume de ma main et je présente son corps à tous comme le témoignage d'une époque arabe qui fait profession d'assassiner les poèmes.

Je porte le temps brûlé dans mes yeux et je voyage vers vous. Je porte Beyrouth, poème poignardé, sur la paume de ma main et je présente son corps à tous comme le témoignage d'une époque arabe qui fait profession d'assassiner les poèmes.

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