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Le blog de Pierre Montmory

LE PROCHAIN ARTISTE

Les œuvres d’art : À quoi servent-elles ? Sont-elles vraiment utiles au bonheur de l'Humanité ? Sont-elles bonnes pour obtenir justice ? Participent-elles à la construction d’une paix universelle ? Repoussent-elles le mal ? Guérissent-elles ? Provoquent-elles l’amour ?

Les œuvres d’art : À quoi servent-elles ? Sont-elles vraiment utiles au bonheur de l'Humanité ? Sont-elles bonnes pour obtenir justice ? Participent-elles à la construction d’une paix universelle ? Repoussent-elles le mal ? Guérissent-elles ? Provoquent-elles l’amour ?

LE PROCHAIN ARTISTE

     Ce que je reproche le plus aux artistes du secteur public c’est d’ignorer comment et pourquoi les outils culturels ont été élaborés et construits.

     Ce sont les travailleurs de tout le pays qui ont participé pendant plusieurs générations à l’émergence de l’expression populaire dans tous les arts.

     Après leur journée de travail ils sont allés dans leurs lieux de vie installer les tréteaux de ce qui devait être une tribune.

     Là, au milieu de tous, se trouvaient réunis et les poètes et le public populaire, et le mot populaire avait le sens pour dire : tout le monde.

     Les artistes étaient des gens du public qui se mettaient à jouer la comédie humaine et leur but était de charmer chacun chacune.

     L’objet de leur quête était de se mettre à jouer en mimant les gestes de leur vie quotidienne en même temps qu’ils trouvaient les mots pour le dire.

     Ainsi nous nous retrouvions spectateurs de notre propre vie sur le média public et nos interprètes donnaient forme au mystère de notre existence.

     Nous avions des artistes qui créaient le pain du jour avec la farine de chacun, nos peines et nos joies, pour le pain nouveau de nos consciences.

     Et la farine de chacun était bonne pour le pain, peu importait la quantité quand la qualité y était de culture humaine.

     Nous nous sommes enseigné l’art de vivre et nous nous sommes exercé à éloigner le mal, à guérir, à provoquer l’amour.

     Un jour nous avons pu construire des outils fixés à des places dans nos cités cimentées, et nos routes goudronnées devaient mener le toutim vers ces porte-paroles.

     Mais la nuit c’est peu à peu emparé de ces lieux de culte. Des têtes remplies d’irréalité et des mains inutiles nous ont pris nos outils pour les gaspiller et les réduire au silence.

     Inutiles toutes ces constructions et toutes nos subventions qui devaient servir exclusivement l’éducation populaire, c’est-à-dire l’éducation de tout le monde.

     Plus aucun artiste n’est venu dans nos cités aux heures quotidiennes après la journée de travail pour relever la nuit et préparer le pain du jour.

     Et ainsi les artistes ont oublié nos noms et nos adresses;  ainsi les murs des quartiers de la Terre se sont refermés sur des ghettos où a mûrie l’arriération : des murs si hauts que l’humanité s’y trouve comme aliénée.

     Il a fallu que nous enfilions des maillots jaunes pour signaler nos corps décharnés et nos âmes desséchées.

     Moi, le trouveur, aujourd’hui, le corps diminué par le travail trop dur, l’esprit embrouillé par les humiliations quotidiennes, usé par le rabrouement harcelant, par tout ce qui me fait sentir seul, par le manque de résonance à ma voix psalmodiant ma joie de vivre, par mes cris à tue-tête en chœur avec toutes les faims; moi, le trouveur amoureux, je suis sur la place publique et je garde cette place, cette place qui est ma place - en espérant vous y trouver pour la grande humanité de tous vos pays, cette humanité de toutes les humanités, dans l’exil en cette Terre, cette île seulette dans le grand Univers, cette Terre  plus beau pays dans l’Univers où j’ai vu le paradis à la fenêtre de vos yeux, au coin de vos sourires.

Pierre Marcel Montmory trouveur 6 Janvier 2019

(Je donne mes trouvailles sur les places publiques et les lieux de vie depuis 1964 et, pour payer mes factures, je fais autre chose).

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