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Le blog de Pierre Montmory

LA POÉSIE LE POÈME LE POÈTE

LA POÉSIE LE POÈME LE POÈTE

LA POÉSIE LE POÈME LE POÈTE

Le geste et le souffle

Parler du poète de la parole, parler du poème, parler du geste et du souffle, la poésie est une façon d’être au monde et de le dire. C’est une parole du monde, portée par des humains.

Le poète est porteur du poème, dans la société.

Le poète est celui qui dit le verbe  « vrai », qui déroule « la parole vraie » et non de la « vérité ».

Il ne s’agit pas de la parole commune. Chacun, et le poète en premier, reconnait que le poème « parle » autrement les mots de tous. Les mots de tous sont comme détachés de leur usage habituel, de leur lourdeur commune, et se mettent à  signifier autrement l’essentiel.

Le poète dit devant tous. Il est celui qui porte le verbe au-devant du groupe.

Le poète est aussi celui qui est laissé seul, abandonne, lorsque le groupe renie une part de lui-même. 

Cette parole vraie clarifie le monde, lui donne ou redonne son sens.

Le monde vide d’humain, sauvage, devient alors tout simplement Le monde.

Le poète est un déserteur abandonne les lieux qu’on lui assigne, espace et identité, destin aussi et désespérance.

Le poète, le déserteur est celui qui porte en lui l’appel du large, de l’espace ou` rien n’est et où tout peut advenir. Il porte l’ombre du mystère et se mêle, s’accroche et pour finir se substitue à l’incorruptible, à ce qui ne peut être tenu ou retenu et qui, élan et verbe, est le lien au monde.

Le poète, comme le déserteur, se fait pérégrin, toujours en partance et jamais arrive, jamais arrime. Il embrasse l’espace et jamais ne s’y enracine, à jamais libère de toute contrainte et pour toujours nostalgique d’un lieu primordial et à jamais perdu. Il parle un verbe à la fois clair car il se fait loi du monde et obscur, qui parle de la part d’ombre, celle de la grotte et de la forêt originelles.

Chaque poème élabore sa part de théorie ; chaque poème projette ce qu’il est au monde.

La poésie est donc inspiration ou n’est pas et qui agit comme une éruption volcanique. Sous la pression du feu central, un volcan crache ses laves. Il s’endort, les larves refroidissent et adoptent des morphologies qui, au-dehors comme en dedans, se feront définitives.

Le poème monte d’une source dont nous ignorons tout sinon qu’elle est la`, en un antre secret, et qu’elle fait irruption, mouvement inexpliqué. Le poème est la trace et la dépouille de son élan.

La société connait un profond bouleversement, qui la bouscule dans ses façons d’appréhender le monde (il n’est pas certain qu’elles soient alors totalement « archaïques » et qu’elles sont dans la totale ignorance de la modernité.

La diversité des situations que vivent alors les humains en même temps sur plusieurs mondes, sur plusieurs systèmes de valeurs et de références, inventant, dans la volonté de survivre après une expérience qui leur fait côtoyer la disparition totale, des modes de métissage et d’hybridation culturels qui restent aujourd’hui encore a` interroger et que la violence des colonisations et des luttes de libération ne permettent pas se saisir dans leurs complexités.

Dans la vie, il est possible de suivre quelques-unes de ces hybridations, douloureuses et traumatiques, qui posent cette question : comment survivre après le désastre ?

Le dit, dans le verbe absolu du poète, la figure de l’errant, jeté par la défaite et la confiscation des terres, sur les chemins de l’exil - change de mode de vie et devient ainsi, de façon épisodique avant de reprendre la route, un citadin aux marges de la ville.

Ouvrier sur les chantiers ouverts pour transformer le pays, il participe aussi, de façon contradictoire, à la consommation de son ancien monde et la naissance d’un autre qu’on dit étranger à ses valeurs. Il fait des métiers pour lesquels il n’a pas été préparé.

Les personnages suivent un itinéraire qui résonne en écho à celui des campagnards résidant en ville ou citadins de vieilles cites crispées sur leurs ruines, les compagnons sont jetés sur les chemins du monde par un évènement violent, des manifestations.

Le poète raconte leur départ et leur arrivée dans la cite´ de la modernité, sur les traces du poète. Comme lui, ils inventent de nouveaux rapports au monde ; comme lui ils écrivent. L’écriture jalonne l’errance dans la ville, l’expérience des chantiers et le départ pour d’autres lieux. De leurs cahiers naîtra la narration commune, à la fois récit et chant.

Les personnages échappent à la mort et connaissent l’exil. Le chant naît d’un bouleversement historique, l’établissement de la colonisation et son ébranlement, et d’une expérience personnelle qui transforme radicalement le destin du poète, qui découvre sa solitude en tant qu’être sensible et l’inéluctabilité´ de sa solidarité historique avec les siens.

D’un poète à l’autre, le passage par l’école fait découvrir et apprendre les nouvelles façons de dire.

Les exils sont nombreux et concernent aussi bien la rupture avec la terre qu’avec les siens et une société´ dont on garde un souvenir de stabilité et d’harmonie.

Le poète étranger choisit le mode de création et de dire de l’oralité, et il n’ignore pas l’écrit, puisqu’il fut élève à l’école. Il y a chez lui une pensée de son être de poète : il est, volontairement celui qui « dit » pour les siens. Pour ceux qui sont autour de lui et qui vont répandre ses vers, il donne le sens du monde.

Adalbert Gaufiloys

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